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La genèse du projet

Le point de départ de notre travail est le tableau de Toulouse Lautrec, au salon de la rue des Moulins, représentant six prostituées dans une maison close. C’est à partir de la posture de chaque personnage que nous nous sommes mises à improviser et sommes parvenues à terme à incarner les 5 personnages qui figurent au centre. La sixième prostituée, en retrait sur la toile, à moitié nue sur la droite, nous inspirera plus tard la scène de la visite médicale.

Résumé

Dans le Paris de la Belle Epoque, Armand et Lucette Brunet sont de simples commerçants à un détail près : ils vendent de l'Amour.

Ils sont les tenanciers du « Palais de la volupté », une maison close au sein de laquelle travaillent et vivent trois prostituées : Raphaëlle, la sous-maîtresse, Pauline, la naïve provinciale et Madeleine, la rustre. Toutes trois partagent leur couche tout autant que leurs ennuyeuses journées au cours desquelles, tour à tour, l'une ou l'autre livre ses anecdotes sur ses « folles nuits » de travail, sa perception des hommes, ses convictions, ses rêves, ses failles... et ses trop rares jours de sortie accordés selon le bon vouloir des deux tenanciers.
Afin d'augmenter leur profit, Les Brunet recrutent Blanche, une jeune fille encore mineure. Mais le propriétaire des murs, l'avocat Me Lethiers, qui n'a de cesse d'augmenter le loyer va mettre en péril leur commerce en les menaçant de les renvoyer ou de dénoncer la présence de la jeune mineure à la police si toutefois ils venaient à refuser de payer. Ainsi rackettés et dans un souci de rentabilité, les tenanciers vont davantage exploiter leurs prostituées leur demandant sans cesse plus d'efforts.
C'est sur ce fond d'intrigue financière qu'évoluent les quatre prostituées : Quatre femmes qui, face à l'oppression grandissante et à un quotidien de plus en plus amère, vont voir s'envoler leurs moments de complicité et devoir affronter de grandes violences.
Une nuit, afin d'échapper au notable et, conscients de la fin toute proche de leur commerce, Les Brunet quittent la maison close sans scrupule à l'insu des filles. C'est alors que Raphaëlle propose à Me Lethiers, fou de rage en constatant la disparition des débiteurs, de reprendre la direction…

Le thème

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Ce n'est pas la prostitution à proprement parler que nous voulions traiter mais le quotidien des femmes qui la vivaient. Montrer la relation qu'elles entretenaient avec leurs clients et la sexualité n'était pas notre but. Nous préférions la suggérer et en parler à travers elles et à travers leurs mots plutôt que de les montrer la subissant. Ce qui nous importait en tout premier lieu c'est de ne surtout pas représenter ces femmes comme des objets mais simplement traduire leur quotidien pour leur rendre hommage. Notre pièce se veut un hommage aux femmes en général ! Au niveau de l'écriture elle-même, nous nous délections d'écrire des scènes de genre à la manière des naturalistes ou des impressionnistes du XIXème siècle. Mettre en action le « petit peuple » dans des situations des plus banales : petit déjeuner, repassage, coiffure, repas…..

Une réflexion d'aujourd'hui :

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Bien que pièce d'époque et costumée, Maison Close n'en est pas moins une réflexion de trois femmes trentenaires vivant dans les années 2000. Certes, nous nous sommes inspirées d'anecdotes réelles mais aussi et surtout de nos réflexions sur des thèmes qui nous tiennent à cœur comme, entre autre, la religion, la sexualité masculine, la maladie (le sida parallèlement à la syphilis), la mort, la place de la femme dans la société. Et aussi, de nos craintes et de nos projections au sujet l'affirmation de soi et de la difficulté à le faire trop pris dans nos liens.

Chaque prostituée est l'allégorie d'une victimisation et la représentation d'une femme enfermée dans son destin. La maison close est le symbole de l'espace clos et de l'enfermement de chaque personnage dans son rêve et dans sa propre vie et la pièce de théâtre traduit la difficulté à en sortir et ce, quelles que soient les époques. Maison close fait aussi écho de notre réflexion sur la « Femme-victime », victime de sa naissance, des hommes, de la société, des patrons, …

Une pièce réaliste :

Après s'être grandement documentées, nous avons découvert des personnages hauts en couleur et pris conscience du huis clos et de l'emprisonnement de ces femmes dans ces maisons à cette époque.

Ce qui nous est paru incroyable, c'est la dichotomie entre la Belle Epoque, siècle de l'avancée industrielle et d'une France tournée vers le monde avec l'exposition universelle et la sclérose de ces femmes vivant dans l'isolement.
La maison close en 1900 était le cadre idéal et le théâtre parfait pour construire des scènes de femmes. Nous avions envie d'écrire sur notre perception des femmes se regroupant : les conversations à n'en plus finir, les éclats de rire, les disputes, le verbe haut et puis à nouveau les rires, et encore les disputes….. C'est ce « concentré de vie » qui nous touche et nous émeut que nous voulions traiter : Maison Close nous a donné l'occasion de le faire.